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Politique
cantonale et fusion communale.
(article paru dans "Le Courrier" du 12.3.2009)
Interview de Philippe Leuba, conseiller d'Etat
Ph. Leuba.
"Les communes décident de leur avenir. Que pourront-elles offrir dans
cinq ou dix ans à leurs citoyens en matière de services de proximité, de
compétences, de vie sociale,
de promotion régionale? Selon les réponses apportées, on ira vers
la fusion, l'association ou le statu quo. Mais les autorités communales
et les citoyens doivent se poser ces questions. Et ce ne sera pas le
canton qui le fera à leur place!"
Tout est dit. Philippe Leuba, conseiller d'Etat,
est clair, pas question pour le canton d'imposer des fusions ou une
carte idéale comportant dix, cent, deux cent ou trois cent communes. Le
canton encourage les fusions mais il ne les impose pas.
Même dans
le cas ou l'électorat très minoritaire d'une toute petite commune fait
capoter tout un projet?
Ph.Leuba.
Même dans ce cas. La loi est claire, c'est l'unanimité ou rien. On ne
change pas les règles du jeu en cours de partie. Et imposer une règle
majoritaire tuerait dans l'œuf de nombreux projets de fusion, car les
petites communes n'y participeraient plus.
Nombreux
projets, nombreux échecs. Quel bilan tirer?
Ph. Leuba.
14 projets en cours, 74 communes concernées soit le quart des communes
du canton. Si on voit le verre à moitié plein, on saluera
l'impressionnant changement de mentalité. Le Loi sur la fusion des
communes date de décembre 2004. Depuis, on a vu fleurir des projets de
fusion qui auraient passé pour parfaitement utopiques en 2000. Si on
voit le verre à moitié vide, on constate que les projets les plus
ambitieux Vully-les-Lacs,
Valbroye,
Mézières
peinent
à passer la rampe.
Pourquoi
ces échecs à répétition. N'est-ce pas décourageant pour tous ceux qui
ont travaillé sur ces dossiers complexes?
Ph.Leuba.
Je ne pense pas.
A remarquer
que les projets de fusion sont toujours soutenus par une majorité
populaire. Ce qui encourage les autorités à remettre l'ouvrage sur le
métier avec finalement des bonnes chances de succès. Chaque échec est
analysé par notre département. On constate que si une Municipalité est
contre la fusion, la population suit. Le refus est souvent motivé par le
point d'impôt. S'il augmente,
les chances d'une fusion sont compromises. D'où la nécessitée de
revoir les liens entre le taux d'imposition et le système de
préquation. Ce à quoi nous nous attelons. La troisième cause d'échec
que l'on repère est le manque d'unité géographique.
Pourquoi
déclencher un processus de fusion plutôt que de créer des Associations
de communes?
Ph.Leuba.
En analysant les dossiers de fusion, on constate que trois facteurs
déclenchent le processus au sein des Municipalités ou des Conseils: le
manque de relève pour renouveler les autorités; la mise en commun des
forces régionales; l'évolution des modes de vie. Les deux premiers
points font partie des soucis quotidiens des autorités communales. Le
troisième est plus diffus, mais non moins important. Les gens vivent à
une autre échelle que celui de la petite commune où ils sont domiciliés.
Leurs enfants vivent au quotidien l'intercommunalité avec l'école, les
loisirs, les lieux de rencontre. Cette évolution du cadre de vie pousse
à la collaboration, à la complémentarité puis finalement à la fusion.
Et pourquoi
pas des Associations de communes?
Ph.Leuba.
La formule existe et elle est bien adaptée à certains services publics.
Mais la multiplication des Associations est lourde à gérer, gourmande en
temps pour les Municipalités, difficile à contrôler pour les Conseils.
Mieux vaux dès lors une fusion que trop d'Associations.
Finalement
quelle est la commune idéale?
Ph.Leuba.
La commune est une autorité politique. Elle doit être capable de faire
des choix politiques, dans le domaine de l'aménagement du territoire, de
l'urbanisme, de l'accueil de la petite enfance, des transports par
exemple. Si elle n'est plus capable de le faire, le canton se substitue
à elle, et la commune perd alors son sens en se muant en pure
prestataire de services. Tout en observant que certaines n'arrivent même
plus à offrir tous les services à leurs citoyens. Dans ces conditions,
il est normal de penser fusion. Mais une fois encore, ce n'est pas le
canton qui l'imposera.
Est-ce dire
que vous vous en désintéressez?
Ph.Leuba.
Absolument pas. Je participe à de très nombreux débats concernant les
fusions de communes. Je mets mes services à disposition pour aider et
conseiller les autorités. Je propose de changer le système de
péréquation pour faciliter les choses et la Loi octroie une contribution
à ceux qui fusionnent pour mettre à niveau
les investissements si nécessaire.
Alors
combien de communes dans dix ans?
Ph. Leuba.
Impossible à dire, mais certainement moins qu'aujourd'hui car le canton
de Vaud, détient probablement le record du nombre de communes
au kilomètre carré. Une
situation qui n'est plus adaptée à la vie actuelle.
Claude
Quartier
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